Pétition N° 27 de la rue de la Poste à Villeurbanne

Note : Une pétition a été lancée en faveur de la sauvegarde d’une villa villeurbannaise dont la démolition a été arrêtée. Elle est disponible ICI.

Elle n’émane pas de nous. Nous avons en revanche joué le rôle de lanceur d’alerte dans ce sujet, en villeurbannais que nous sommes. C’est, en l’occurrence moi, Pierre-Damien Laurent, co-président de la Ville Édifiante, qui ai fourni toute la matière historique nécessaire à consolider le dossier dont s’est emparé ensuite l’association Urgence patrimoine. Dans cette association, qui dispose d’un rayonnement national, j’ai joué le rôle de relai puisque j’occupe par ailleurs le rôle de délégué Rhône.

La Ville Édifiante aurait préféré se signaler comme force de proposition plutôt que comme force de contestation. Mais, la situation, la prédation déraisonnable promue par un renouvellement urbain déréglé, nous pousse à porter cette information au plus grand nombre et nous montrer solidaire de l’entreprise portée par Urgence patrimoine. Parmi les dizaines de permis de démolir qui frappent Villeurbanne en ce moment même, il ne pouvait être question de fermer les yeux sur celui-ci en particulier. C’eût été remettre totalement en question l’objet et la légitimité de notre collectif.

Le N° 27 de la rue de la Poste à Villeurbanne

Condamnée à la démolition depuis la signature d’un permis de démolir déposé fin 2017, l’édifice situé au N°27 de la rue de la Poste à Villeurbanne est appelé à céder sa place à un programme Immobilier conçu par Diagonale qui n’en conservera pas une miette. Nous croyons pourtant que si cette villa des années 1920, située à peu de distance de la place Grandclément, carrefour historique de Villeurbanne, devait inspirer une vocation en matière d’aménagement, c’est, plutôt qu’à sa démolition, le soin de sa conservation, le zèle à la perpétuer en parfaite reconnaissances des choses de l’art, qu’elle devrait poursuivre. Et, pour tout dire, nous sommes navrés et désolés d’avoir à spécifier de telles remarques à une administration municipale censée superviser la conservation d’objets qui font son embellissement, son caractère et dont le maintien devrait peser comme condition préalable à tous les objets d’aménagement qu’elle recherche par ailleurs.

Figure 1 N° 27 rue de la poste
N° 27 rue de la poste

Le permis de démolir, visible sur une maison voisine (le n°25), apporte la précision que le projet entrainera la démolition d’un total de quatre maisons, soit du n°23 au n°29. Alors que l’affichage met en avantle nombre par apparent souci de rigueur, l’économie d’affichage oblige pour se faire entendre à une minutieuse analyse de terrain qui n’est surement pas à la portée du passant ou riverain pressé (et néanmoins concerné). Le placard figure sur le n° 23, exclusivement, c’est-à-dire en fin de parcours et permet difficilement de suspecter l’ampleur du projet. Ainsi pour se convaincre  de la réalité du programme, il nous aura fallu interroger directement les habitants, anciens propriétaires et vendeurs du N°25 de ladite rue afin de s’épargner un passage plus immédiat au service de l’urbanisme. Nous dénonçons premièrement et par conséquent dans cet affichage, sans crier au vice au vice de procédure, une latitude dont l’usage est parfaitement convenu et rodé par l’administration : qu’il soit intentionnel ou plus modestement négligent, il mérite d’être souligné.

Figure 2 Programme immobilier « Aero », par  Diagonale
Programme immobilier « Aero », par Diagonale

Du reste, la disparition de cette maison est une aberration. C’est une affirmation qui peut se défendre en plusieurs points.

-Au seul point de vue architectural, cette construction est remarquable. Elle présente un jeu de volume notable avec plusieurs parties en ressaut, traitées à pans coupés, qui la signale immédiatement.

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A noter par ailleurs qu’une recherche parfaitement à la hauteur de ces exigences volumétriques est atteinte dans le traitement des parements. Citons les claveaux rustiques accompagnant les baies. Et, autre ponctuation décorative, la façade conserve les traces décoratives géométriques creusées dans son enduit. Citons ici ces gouttes stylisées placées sous la toiture :

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Mais c’est principalement un ensemble d’éléments, cohérents les uns envers les autres, qu’il faut signaler. Leur intégrité les place comme modèle de conservation. Cette villa des années 1920 déploie un assortiment d’objets de ferronneries d’art, forgés le plus souvent, mais aussi d’apparents modèles en fonte. Commençons par citer la grille portée sur mur bahut de clôture en insistant sur celle à deux battants du portail  qui ferme l’allée :

 

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Mais c’est sa rampe d’escalier au perron, surmonté d’une marquise ouvragée qui sublime la composition :

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Le tout se complète de nombreux autres éléments dont nous épargnons ici la fastidieuse énumération. Tous captent favorablement le regard et l’entrainent à suivre les volumes harmonieux qui donnent l’occasion de leur développement. Terminons simplement sur ce point par une simple mention : le moindre recoin de cette villa accuse le soin du détail et du génie décoratif.

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-Mais il ne peut suffire de citer ces objets pour leur valeur sans leur restituer un contexte. Ce contexte est le suivant : Villeurbanne est une ville où de telles profusions de richesses demeurent rares. On peut de ce fait porter cet édifice villeurbannais au rang de spécimens dont d’intérêt. Encore une fois c’est la conservation du moindre de ses ouvrages à composition métallique qui la rend exceptionnelle.

-Enfin, la demeure se situe dans un environnement urbain d’exception en parfaite résonnance historique avec elle. La rue de la Poste (on parle alors d’impasse de la poste) est le résultat d’un programme de lotissement décidé en 1924 sur un espace vacant entre deux rues dont le débouché commun est l’actuelle place Grandclément, anciennement place de la mairie. La réalisation de ce programme immobilier est le projet de l’architecte villeurbannais, Auguste Hamm. Il tint la haute main sur le déroulement des constructions des 13 premiers lots dont la vente et la réalisation intervinrentdans la foulée, avant 1930. Empressons-nous de spécifier que si les lotissements sont légions à Villeurbanne, spécialement depuis la fin de la première guerre mondiale, cette réalisation se distingue. Les exigences du cahier des charges révèlent en effet une écriture scrupuleuse: « Toutes les constructions qui seront établies sur ces terrains  doivent être édifiées dans les règles de l’art et avoir un certain cachet esthétique », contraintes qui visaient explicitement l’exclusion des constructions précaires, en planches. Et pour cause, quelques années avant l’érection des fameux Gratte-Ciel, futur siège de la municipalité, l’ensemble se trouve ici à quelques pas du centre du pouvoir urbain et de l’ancienne place de la mairie. Les lots attirent par conséquent des personnalités significatives qui, sans appartenir à une aristocratie urbaine, disposent des moyens d’honorer ce programme.

Exemple de construction toujours visible rue de la poste, plan 1927 à 1928
Exemple de construction toujours visible rue de la poste, plan 1927 à 1928

 

ranscription des plans, ici les n° 7 et 9 de la rue de la poste
Transcription des plans, ici les n° 7 et 9 de la rue de la poste

Parmi elles, Victor Marius Meffre, patron d’un petit atelier de serrurerie mobilisant quelques dix ouvriers implanté dans la rue Eugène Fournier, toute proche, acquiert le lot N° 3, future numéro 27 sur la rue ou impasse de la Poste. Ce propriétaire y élève en 1927, cette somptueuse villa dont les dispositions, bientôt centenaires, ont reçu un si respectueux traitement jusqu’à nos jours que son monogramme, inscrit dans les grandes baies polychromes surmontant l’ancienne véranda, est resté visible:

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La désignation de « lotissement » qui à l’époque couvre une réalité très disparate, a ici le mérite de nous éclairer sur l’impressionnante permissivité de construction de l’ensemble, au respect du critère principal de la qualité et au profit d’une rare variété. Placé sous le contrôle d’un seul architecte, et quoiqu’il n’ait peut-être pas signé toutes les réalisations de sa main, le programme est hissé à des exigences de qualité matérielle avérée et constatable encore aujourd’hui. La plupart des maisons de la rue de la poste sont belles, bien construites, et offrent une diversité typologique très appréciable : les petits immeubles collectifs cèdent place à quelques villa ombragées. Et, en son sein, l’ancienne maison de Victor Meffre est l’inestimable joyau qui atteste la légitimité de ce parti de diversité urbaine qui est une richesse qui  s’épargne le tort des lourdeurs des programmes trop rigides car trop homogènes.

Plan élévation de façade, villa Meffre, 27 rue de la poste, 1927, architecte Hamm.
Plan élévation de façade, villa Meffre, 27 rue de la poste, 1927, architecte Hamm.

-En dernier lieu, Ce n’est pas par souci du détail que nous précisons que le plan de révision du PLU-H du grand Lyon, soumis tout récemment à enquête publique, proposait cette rue et ses voisines comme PIP (périmètre d’intérêt patrimonial). Car même si l’administration qui l’a décidé ne disposait pas des éléments de lecture historique pour porter à son plus haut degré l’appréciation de l’ensemble, elle n’avait assurément besoin d’aucune autre ressource pour juger l’état d’exceptionnalité qu’elle avait sous les yeux et le sanctionner. Et c’est ce qu’elle a fait. Ainsi le périmètre Grandclément,  reconnu pour ses notables caractéristiques, sous sa qualification de « tissu compact de faubourg » est proposé en A8, mais il se verra, s’il devait s’appliquer demain, suivant les permis de démolir arrêtés, affecté à un ensemble amputé. Cette entorse aux vœux de la métropole nous parait d’autant moins acceptable qu’il concerne plus de dix maisons au sein du périmètre que nous ne citons pas toutes, faisant le choix de nous borner entre tous à l’objet le plus précieux. Mais observons que, toutes condamnées, leur disparition rendra vain ces effets prescriptifs du futur PLU-H. Le PIP est déjà morcelé du dixième de son tout. Nous aimerions reconnaitre une cohérence entre l’administration qui propose les aménagements futurs et celle qui délivre actuellement les permis de construire ou de démolir. Et nous croyons avoir amplement démontré que des arguments historiques renforçaient le choix de la conservation contre celui d’une démolition aveugle.

Détail du PLU-H. PIP A 8 sous balises roses proposés par la Métropole. Le programme immobilier est indiqué au moyen du cercle bleu.
Détail du PLU-H. PIP A 8 sous balises roses proposés par la Métropole. Le programme immobilier est indiqué au moyen du cercle bleu.

Pour toutes ces raisons nous demandons faute de mieux, le maintien de cet édifice, son intégration dans un programme de logement respectueux à tout le moins de son apparence et de son allure extérieure. Nous attirons votre attention sur ceci que sa disparition constituerait une perte irréparable pour notre commune.

ps : Si la maison citée portait jadis le n°27 sur la rue de la Poste, c’est bien le n°25 qu’elle porte actuellement. Cette incorrection dans l’intitulé du sujet est une erreur que nous signalons et que l’urgence dans laquelle nous avons travaillé a évidemment favorisée. Nous notifions cet erratum sans cependant modifier le contenu du texte.

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